Jeanne s'approcha.
«Tante, on va dormir, à présent.»
La vieille fille tourna les yeux; ils étaient rouges comme si elle eût pleuré. Les amoureux n'y prirent point garde; mais le jeune homme aperçut soudain les fins souliers de la jeune fille tout couverts d'eau. Il fut saisi d'inquiétude et demanda tendrement: «N'avez-vous point froid à vos chers petits pieds?»
Et tout à coup les doigts de la tante furent secoués d'un tremblement si fort que son ouvrage s'en échappa; la pelote de laine roula au loin sur le parquet; et, cachant brusquement sa figure dans ses mains, elle se mit à pleurer par grands sanglots convulsifs.
Les deux fiancés la regardaient stupéfaits, immobiles. Jeanne brusquement se mit à ses genoux, écarta ses bras, bouleversée, répétant:
«Mais qu'as-tu, mais qu'as-tu, tante Lison?»
Alors la pauvre femme, balbutiant, avec la voix toute mouillée de larmes, et le corps crispé de chagrin, répondit:
«C'est quand il t'a demandé... N'avez-vous pas froid à... à... à vos chers petits pieds?... on ne m'a jamais dit de ces choses-là... à moi... jamais... jamais...»
Jeanne, surprise, apitoyée, eut cependant envie de rire à la pensée d'un amoureux débitant des tendresses à Lison; et le vicomte s'était retourné pour cacher sa gaieté.
Mais la tante se leva soudain, laissa sa laine à terre et son tricot sur le fauteuil, et elle se sauva sans lumière dans l'escalier sombre, cherchant sa chambre à tâtons.