V

Quatre jours plus tard arriva la berline qui devait les emporter à Marseille.

Après l'angoisse du premier soir, Jeanne s'était habituée déjà au contact de Julien, à ses baisers, à ses caresses tendres, bien que sa répugnance n'eût pas diminué pour leurs rapports plus intimes.

Elle le trouvait beau, elle l'aimait; elle se sentait de nouveau heureuse et gaie.

Les adieux furent courts et sans tristesse. La baronne seule semblait émue; et elle mit, au moment où la voiture allait partir, une grosse bourse lourde comme du plomb dans la main de sa fille: «C'est pour tes petites dépenses de jeune femme», dit-elle.

Jeanne la jeta dans sa poche; et les chevaux détalèrent.

Vers le soir Julien lui dit: «Combien ta mère t'a-t-elle donné dans cette bourse?» Elle n'y pensait plus et elle la versa sur ses genoux. Un flot d'or se répandit: deux mille francs. Elle battit des mains. «Je ferai des folies», et elle resserra l'argent.

Après huit jours de route, par une chaleur terrible, ils arrivèrent à Marseille.

Et le lendemain le Roi-Louis, un petit paquebot qui allait à Naples en passant par Ajaccio, les emportait vers la Corse.

La Corse! les maquis! les bandits! les montagnes! la patrie de Napoléon! Il semblait à Jeanne qu'elle sortait de la réalité pour entrer, tout éveillée, dans un rêve.