Jeanne ne parlait plus, le cœur serré, et elle prit la main de Julien qu'elle étreignit, envahie d'un besoin d'aimer devant cette beauté des choses.
Et soudain, sortant de ce chaos, ils découvrirent un nouveau golfe ceint tout entier d'une muraille sanglante de granit rouge. Et dans la mer bleue ces roches écarlates se reflétaient.
Jeanne balbutia: «Oh! Julien!» sans trouver d'autres mots, attendrie d'admiration, la gorge étranglée; et deux larmes coulèrent de ses yeux. Il la regardait, stupéfait, demandant: «Qu'as-tu, ma chatte?»
Elle essuya ses joues, sourit et, d'une voix un peu tremblante: «Ce n'est rien... C'est nerveux... Je ne sais pas... J'ai été saisie. Je suis si heureuse que la moindre chose me bouleverse le cœur.»
Il ne comprenait pas ces énervements de femme, les secousses de ces êtres vibrants affolés d'un rien, qu'un enthousiasme remue comme une catastrophe, qu'une sensation insaisissable révolutionne, affole de joie ou désespère.
Ces larmes lui semblaient ridicules, et, tout entier à la préoccupation du mauvais chemin: «Tu ferais mieux, dit-il, de veiller à ton cheval.»
Par une route presque impraticable ils descendirent au fond de ce golfe, puis tournèrent à droite pour gravir le sombre val d'Ota.
Mais le sentier s'annonçait horrible. Julien proposa: «Si nous montions à pied?» Elle ne demandait pas mieux, ravie de marcher, d'être seule avec lui après l'émotion de tout à l'heure.
Le guide partit en avant avec la mule et les chevaux, et ils allèrent à petits pas.
La montagne, fendue du haut en bas, s'entr'ouvre. Le sentier s'enfonce dans cette brèche. Il suit le fond entre deux prodigieuses murailles; et un gros torrent parcourt cette crevasse. L'air est glacé, le granit paraît noir et tout là-haut ce qu'on voit du ciel bleu étonne et étourdit.