Mais elle le priait, câline et tendre: «Oh, papa, partons, je t'en supplie. Il fera beau dans l'après-midi.
—Mais ta mère n'y consentira jamais.
—Si, je te le promets, je m'en charge.
—Si tu parviens à décider ta mère, je veux bien, moi.»
Et elle se précipita vers la chambre de la baronne. Car elle avait attendu ce jour du départ avec une impatience grandissante.
Depuis son entrée au Sacré-Cœur elle n'avait pas quitté Rouen, son père ne permettant aucune distraction avant l'âge qu'il avait fixé. Deux fois seulement on l'avait emmenée quinze jours à Paris, mais c'était une ville encore, et elle ne rêvait que la campagne.
Elle allait maintenant passer l'été dans leur propriété des Peuples, vieux château de famille planté sur la falaise auprès d'Yport; et elle se promettait une joie infinie de cette vie libre au bord des flots. Puis il était entendu qu'on lui faisait don de ce manoir qu'elle habiterait toujours lorsqu'elle serait mariée.
Et la pluie, tombant sans répit depuis la veille au soir, était le premier gros chagrin de son existence.
Mais, au bout de trois minutes, elle sortit, en courant, de la chambre de sa mère, criant par toute la maison: «Papa, papa! maman veut bien; fais atteler».