Jeanne reprit: «Je comprends bien que tu aies honte; mais tu vois que je ne me fâche pas, que je te parle doucement. Si je te demande le nom de l'homme, c'est pour ton bien, parce que je sens à ton chagrin qu'il t'abandonne, et que je veux empêcher cela. Julien ira le trouver, vois-tu, et nous le forcerons à t'épouser; et comme nous vous garderons tous les deux, nous le forcerons bien aussi à te rendre heureuse.»
Cette fois Rosalie fit un effort si brusque qu'elle arracha ses mains de celles de sa maîtresse, et se sauva comme une folle.
Le soir, en dînant, Jeanne dit à Julien: «J'ai voulu décider Rosalie à me révéler le nom de son séducteur. Je n'ai pas pu réussir. Essaye donc de ton côté pour que nous contraignions ce misérable à l'épouser.»
Mais Julien tout de suite se fâcha: «Ah! tu sais, je ne veux pas entendre parler de cette histoire-là, moi. Tu as voulu garder cette fille, garde-la, mais ne m'embête plus à son sujet.»
Il semblait, depuis l'accouchement, d'une humeur plus irritable encore; et il avait pris cette habitude de ne plus parler à sa femme sans crier comme s'il eût été toujours furieux, tandis qu'au contraire elle baissait la voix, se faisait douce, conciliante pour éviter toute discussion; et souvent elle pleurait, la nuit, dans son lit.
Malgré sa constante irritation, son mari avait repris des habitudes d'amour oubliées depuis leur retour, et il était rare qu'il passât trois soirs de suite sans franchir la porte conjugale.
Rosalie fut bientôt guérie entièrement et devint moins triste, quoiqu'elle restât comme effarée, poursuivie par une crainte inconnue.
Et elle se sauva deux fois encore, alors que Jeanne essayait de l'interroger de nouveau.