Le soir, enfin, elle se trouva seule avec la baronne et elle appela, tout bas: «Petite mère!» Sa propre voix l'étonna, lui parut changée. La baronne lui saisit les mains: «Ma fille! ma Jeanne chérie! ma fille, tu me reconnais?
—Oui, petite mère, mais il ne faut point pleurer; nous avons à causer longtemps. Julien t'a-t-il dit pourquoi je me suis sauvée dans la neige?
—Oui, ma mignonne, tu as eu une grosse fièvre très dangereuse.
—Ce n'est pas ça, maman. J'ai eu la fièvre après; mais t'a-t-il dit ce qui me l'a donnée, cette fièvre, et pourquoi je me suis sauvée?
—Non, ma chérie.
—C'est parce que j'ai trouvé Rosalie dans son lit.»
La baronne crut qu'elle délirait encore, la caressa. «Dors, ma mignonne, calme-toi, essaye de dormir.»
Mais Jeanne, obstinée, reprit: «J'ai toute ma raison maintenant, petite maman, je ne dis pas de folies comme j'ai dû en dire les jours derniers. Je me sentais malade une nuit, alors j'ai été chercher Julien. Rosalie était couchée avec lui. J'ai perdu la tête de chagrin et je me suis sauvée dans la neige pour me jeter à la falaise.»
Mais la baronne répétait: «Oui, ma mignonne, tu as été bien malade, bien malade.