Le président, avec les formules d’usage, lui annonça que ses juges le déclaraient innocent.

Il ne fit pas un geste, et le public applaudit.

La Tombe a paru dans le Gil Blas du 29 juillet 1883, sous la signature: Maufrigneuse.


NOTES D’UN VOYAGEUR.

Sept heures. Un coup de sifflet; nous partons. Le train passe sur les plaques tournantes avec le bruit que font les orages au théâtre; puis il s’enfonce dans la nuit, haletant, soufflant sa vapeur, éclairant de reflets rouges des murs, des haies, des bois, des champs.

Nous sommes six, trois sur chaque banquette, sous la lumière du quinquet. En face de moi, une grosse dame avec un gros monsieur, un vieux ménage. Un bossu tient le coin de gauche. A mes côtés, un jeune ménage, ou du moins, un jeune couple! Sont-ils mariés? La jeune femme est jolie, semble modeste, mais elle est trop parfumée. Quel est ce parfum-là? Je le connais sans le déterminer. Ah! j’y suis. Peau d’Espagne? Cela ne dit rien. Attendons.

La grosse dame dévisage la jeune avec un air d’hostilité qui me donne à penser. Le gros monsieur ferme les yeux. Déjà! Le bossu s’est roulé en boule. Je ne vois plus où sont ses jambes. On n’aperçoit que son regard brillant sous une calotte grecque à gland rouge. Puis il plonge dans sa couverture de voyage. On dirait un petit paquet jeté sur la banquette.

Seule la vieille dame reste en éveil, soupçonneuse, inquiète, comme un gardien chargé de veiller sur l’ordre et sur la moralité du wagon.

Les jeunes gens demeurent immobiles, les genoux enveloppés du même châle, les yeux ouverts, sans parler; sont-ils mariés?