L’exposition, ouverte depuis longtemps déjà, sera prête sans doute pour l’année prochaine.
L’intérieur serait joli s’il était terminé. Mais... il en est loin.
Deux sections m’attirent surtout: «les comestibles et les beaux-arts». Hélas! voici bien des fruits confits de Grasse, des dragées, mille choses exquises à manger... Mais... il est interdit d’en vendre... On ne peut que les regarder... Et cela pour ne point nuire au commerce de ville! Exposer des sucreries pour la seule joie du regard et avec défense d’y goûter me paraît certes une des plus belles inventions de l’esprit humain.
Les beaux-arts sont... en préparation. On a ouvert cependant quelques salles où l’on voit de fort beaux paysages de Harpignies, de Guillemet, de Le Poittevin, un superbe portrait de Mlle Alice Regnault par Courtois, un délicieux Béraud, etc... Le reste... après déballage.
Comme il faut, quand on visite, visiter tout, je veux m’offrir une ascension libre et je me dirige vers le ballon de M. Godard et Cie.
Le mistral souffle. L’aérostat se balance d’une manière inquiétante. Puis une détonation se produit. Ce sont les cordes du filet qui se rompent. On interdit au public l’entrée de l’enceinte. On me met également à la porte.
Je grimpe sur ma voiture et je regarde.
De seconde en seconde, quelques nouvelles attaches claquent avec un bruit singulier, et la peau brune du ballon s’efforce de sortir des mailles qui la retiennent. Puis soudain, sous une rafale plus violente, une déchirure immense ouvre de bas en haut la grosse boule volante, qui s’abat comme une toile flasque, crevée et morte.
A mon réveil, le lendemain, je me fais apporter les journaux de la ville et je lis avec stupeur: «La tempête qui règne actuellement sur notre littoral a obligé l’administration des ballons captifs et libres de Nice, pour éviter un accident, de dégonfler son grand aérostat.
Le système de dégonflement instantané qu’a employé M. Godard est une de ses inventions qui lui font le plus grand honneur.»