Je demandai: «Qui est là?»
Une voix légère répondit: «Moi.»
Je me vêtis à la hâte; j’ouvris; elle entra. «J’ai oublié, dit-elle, de vous demander ce que vous prenez le matin: du chocolat, du thé, ou du café?»
Je l’avais enlacée impétueusement, la dévorant de caresses, bégayant: «Je prends... je prends... je prends...» Mais elle me glissa entre les bras, souffla ma lumière et disparut.
Je restai seul, furieux, dans l’obscurité, cherchant des allumettes, n’en trouvant pas. J’en découvris enfin et je sortis dans le corridor, à moitié fou, mon bougeoir à la main.
Qu’allais-je faire? Je ne raisonnais plus; je voulais la trouver; je la voulais. Et je fis quelques pas sans réfléchir à rien. Puis je pensai brusquement: «Mais si j’entre chez l’oncle? que dirais-je?...» Et je demeurai immobile, le cerveau vide, le cœur battant. Au bout de plusieurs secondes, la réponse me vint: «Parbleu je dirai que je cherchais la chambre de Rivet pour lui parler d’une chose urgente.»
Et je me mis à inspecter les portes, m’efforçant de découvrir la sienne, à elle. Mais rien ne pouvait me guider. Au hasard je pris une clef que je tournai. J’ouvris, j’entrai... Henriette, assise dans son lit, effarée, me regardait.
Alors je poussai doucement le verrou; et, m’approchant sur la pointe des pieds, je lui dis: «J’ai oublié, mademoiselle, de vous demander quelque chose à lire.» Elle se débattait; mais j’ouvris bientôt le livre que je cherchais. Je n’en dirai pas le titre. C’était vraiment le plus merveilleux des romans, et le plus divin des poèmes.
Une fois tournée la première page, elle me le laissa parcourir à mon gré; et j’en feuilletai tant de chapitres que nos bougies s’usèrent jusqu’au bout.
Puis, après l’avoir remerciée, je regagnais, à pas de loup, ma chambre, quand une main brutale m’arrêta; et une voix, celle de Rivet, me chuchota dans le nez: «Tu n’as donc pas fini d’arranger l’affaire de ce cochon de Morin?»