—Elle ne veut pas, monsieur, elle ne veut pas. Pardonnez-lui; elle est si malheureuse.
Le soldat restait embarrassé, n’osant, malgré sa colère, la faire tirer du lit par ses hommes. Mais soudain il se mit à rire et donna des ordres en allemand.
Et bientôt on vit sortir un détachement qui soutenait un matelas comme on porte un blessé. Dans ce lit qu’on n’avait point défait, la folle, toujours silencieuse, restait tranquille, indifférente aux événements tant qu’on la laissait couchée. Un homme par derrière portait un paquet de vêtements féminins.
Et l’officier prononça en se frottant les mains:
—Nous ferrons pien si fous ne poufez bas fous hapiller toute seule et faire une bétite bromenate.
Puis on vit s’éloigner le cortège dans la direction de la forêt d’Imauville.
Deux heures plus tard les soldats revinrent tout seuls.
On ne revit pas la folle. Qu’en avaient-ils fait? Où l’avaient-ils portée! On ne le sut jamais.
La neige tombait maintenant jour et nuit, ensevelissant la plaine et les bois sous un linceul de mousse glacée. Les loups venaient hurler jusqu’à nos portes.
La pensée de cette femme perdue me hantait; et je fis plusieurs démarches auprès de l’autorité prussienne, afin d’obtenir des renseignements. Je faillis être fusillé.