On lui offrit, ce soir-là, une bonne soupe avec un doigt de beurre. Il l’avala jusqu’à la dernière goutte; et, comme il remuait la queue de contentement, Rose le prit dans son tablier.

Elles allaient à grands pas, comme des maraudeuses, à travers la plaine. Bientôt elles aperçurent la marnière et l’atteignirent; Mme Lefèvre se pencha pour écouter si aucune bête ne gémissait.—Non—il n’y en avait pas; Pierrot serait seul. Alors Rose qui pleurait, l’embrassa, puis le lança dans le trou; et elles se penchèrent toutes deux, l’oreille tendue.

Elles entendirent d’abord un bruit sourd; puis la plainte aiguë, déchirante, d’une bête blessée, puis une succession de petits cris de douleur, puis des appels désespérés, des supplications de chien qui implorait, la tête levée vers l’ouverture.

Il jappait, oh! il jappait!

Elles furent saisies de remords, d’épouvante, d’une peur folle et inexplicable; et elles se sauvèrent en courant. Et, comme Rose allait plus vite, Mme Lefèvre criait: «Attendez-moi, Rose, attendez-moi!»

Leur nuit fut hantée de cauchemars épouvantables.

Mme Lefèvre rêva qu’elle s’asseyait à table pour manger la soupe, mais, quand elle découvrait la soupière, Pierrot était dedans. Il s’élançait et la mordait au nez.

Elle se réveilla et crut l’entendre japper encore. Elle écouta; elle s’était trompée.

Elle s’endormit de nouveau et se trouva sur une grande route, une route interminable, qu’elle suivait. Tout à coup, au milieu du chemin, elle aperçut un panier, un grand panier de fermier, abandonné; et ce panier lui faisait peur.

Elle finissait cependant par l’ouvrir, et Pierrot, blotti dedans, lui saisissait la main, ne la lâchait plus; et elle se sauvait éperdue, portant ainsi au bout du bras le chien suspendu, la gueule serrée.