Mme Lefèvre approuva, toute joyeuse; et les voilà reparties, avec un gros morceau de pain beurré.

Elles le coupèrent par bouchées qu’elles lançaient l’une après l’autre, parlant tour à tour à Pierrot. Et sitôt que le chien avait achevé un morceau, il jappait pour réclamer le suivant.

Elles revinrent le soir, puis le lendemain, tous les jours. Mais elles ne faisaient plus qu’un voyage.

Or, un matin, au moment de laisser tomber la première bouchée, elles entendirent tout à coup un aboiement formidable dans le puits. Ils étaient deux! On avait précipité un autre chien, un gros!

Rose cria: «Pierrot!» Et Pierrot jappa, jappa. Alors on se mit à jeter la nourriture; mais, chaque fois elles distinguaient parfaitement une bousculade terrible, puis les cris plaintifs de Pierrot mordu par son compagnon, qui mangeait tout, étant le plus fort.

Elles avaient beau spécifier: «C’est pour toi, Pierrot!» Pierrot, évidemment, n’avait rien.

Les deux femmes interdites, se regardaient; et Mme Lefèvre prononça d’un ton aigre: «Je ne peux pourtant pas nourrir tous les chiens qu’on jettera là dedans. Il faut y renoncer.»

Et, suffoquée à l’idée de tous ces chiens vivant à ses dépens, elle s’en alla, emportant même ce qui restait du pain qu’elle se mit à manger en marchant.

Rose la suivit en s’essuyant les yeux du coin de son tablier bleu.

Pierrot a paru dans le Gaulois du lundi 9 octobre 1882.