Ou bien:—«J’en avais bien soixante-six à soixante-dix.»

Ou bien:—«Cré coquin, je m’croyais dans les cinquante, v’là que j’m’aperçois qu’j’étais dans les soixante-quinze!»

Jamais il ne se trompe.

Il affirme n’avoir pas atteint le mètre, mais comme il avoue que ses observations cessent d’être précises quand il a passé quatre-vingt-dix, on ne peut se fier absolument à son affirmation.

Quand Mathieu reconnaît avoir passé quatre-vingt-dix, soyez tranquille, il était crânement gris.

Dans ces occasions-là, sa femme, Mélie, une autre merveille, se met en des colères folles. Elle l’attend sur sa porte, quand il rentre, et elle hurle:—«Te voilà, salaud, cochon, bougre d’ivrogne!»

Alors Mathieu, qui ne rit plus, se campe en face d’elle, et, d’un ton sévère:—«Tais-toi, Mélie, c’est pas le moment de causer. Attends à d’main.»

Si elle continue à vociférer, il s’approche et, la voix tremblante:—«Gueule plus; j’suis dans les quatre-vingt-dix, je n’mesure plus; j’vas cogner, prends garde!»

Alors Mélie bat en retraite.

Si elle veut, le lendemain, revenir sur ce sujet, il lui rit au nez et répond:—«Allons, allons! assez causé; c’est passé. Tant qu’j’aurai pas atteint le mètre, y a pas de mal. Mais, si j’passe le mètre, j’te permets de m’corriger, ma parole!»