Et, courant à la porte, il poussa un effroyable beuglement: «Mélie-e-e!» qui dut faire lever la tête aux matelots des navires qui descendaient ou remontaient le fleuve, là-bas, tout au fond de la creuse vallée.
Mélie ne répondit point.
Alors Mathieu cligna de l’œil avec malice.
—«A n’est pas contente après moi, voyez-vous, parce qu’hier je m’suis trouvé dans les quatre-vingt-dix.»
Mon voisin se mit à rire:—«Dans les quatre-vingt-dix, Mathieu! Comment avez-vous fait?»
Mathieu répondit:
—«J’vas vous dire. J’n’ai trouvé, l’an dernier, qu’vingt rasières d’pommes d’abricot. Y n’y en a pu; mais pour faire du cidre y n’y a qu’ça. Donc j’en fis une pièce qu’je mis hier en perce. Pour du nectar, c’est du nectar; vous m’en direz des nouvelles. J’avais ici Polyte; j’nous mettons à boire un coup, et puis encore un coup, sans s’rassasier (on en boirait jusqu’à d’main), si bien que, d’coup en coup, je m’sens une fraîcheur dans l’estomac. J’dis à Polyte: «Si on buvait un verre de fine pour se réchauffer!» Y consent. Mais c’te fine, ça vous met l’feu dans l’corps, si bien qu’il a fallu r’venir au cidre. Mais v’là que d’fraîcheur en chaleur et d’chaleur en fraîcheur, j’m’aperçois que j’suis dans les quatre-vingt-dix. Polyte était pas loin du mètre.»
La porte s’ouvrit. Mélie parut, et tout de suite, avant de nous avoir dit bonjour: «... Crés cochons, vous aviez bien l’mètre tous les deux.»
Alors Mathieu se fâcha:—«Dis pas ça, Mélie, dis pas ça, j’ai jamais été au mètre.»
On nous fit un déjeuner exquis, devant la porte, sous deux tilleuls, à côté de la petite chapelle de «Notre-Dame du Gros-Ventre» et en face de l’immense paysage. Et Mathieu nous raconta, avec une raillerie mêlée de crédulités inattendues, d’invraisemblables histoires de miracles.