Il gémissait: «Ne m’avez-vous point donné l’ordre d’abattre moi-même l’animal?»

Et elle ajoutait gravement: «Mais j’y compte. Il faut que vous le tuiez devant moi.»

Alors il frémissait sur sa selle, piquait son cheval qui bondissait et, perdant patience: «Mais sacristi! madame, cela ne se pourra pas si nous restons ici.»

Et elle lui jetait, en riant: «Il faut que cela soit pourtant... ou alors... tant pis pour vous.»

Puis elle lui parlait tendrement, posant la main sur son bras, ou flattant, comme par distraction, la crinière de son cheval.

Puis ils tournèrent à droite dans un petit chemin couvert, et soudain, pour éviter une branche qui barrait la route, elle se pencha sur lui, si près qu’il sentit sur son cou le chatouillement des cheveux. Alors brutalement il l’enlaça, et appuyant sur la tempe ses grandes moustaches, il la baisa d’un baiser furieux.

Elle ne remua point d’abord, restant ainsi sous cette caresse emportée; puis, d’une secousse, elle tourna la tête, et, soit hasard, soit volonté, ses petites lèvres à elle rencontrèrent ses lèvres à lui, sous leur cascade de poils blonds.

Alors, soit confusion, soit remords, elle cingla le flanc de son cheval, qui partit au grand galop. Ils allèrent ainsi longtemps, sans échanger même un regard.

Le tumulte de la chasse se rapprochait; les fourrés semblaient frémir, et tout à coup, brisant les branches, couvert de sang, secouant les chiens qui s’attachaient à lui, le sanglier passa.

Alors le baron, poussant un rire de triomphe, cria: «Qui m’aime me suive!» Et il disparut dans les taillis, comme si la forêt l’eût englouti.