Elle rêvait, accoudée à la fenêtre.
Il se jeta à ses genoux qu’il baisait éperdument à travers la robe de nuit. Elle ne disait rien, enfonçant ses doigts fins, d’une manière caressante, dans les cheveux du baron.
Et soudain, se dégageant comme si elle eût pris une grande résolution, elle murmura de son air hardi, mais à voix basse: «Je vais revenir. Attendez-moi.» Et son doigt, tendu dans l’ombre, montrait au fond de la chambre la tache vague et blanche du lit.
Alors, à tâtons, éperdu, les mains tremblantes, il se dévêtit bien vite et s’enfonça dans les draps frais. Il s’étendit délicieusement, oubliant presque son amie, tant il avait plaisir à cette caresse du linge sur son corps las de mouvement.
Elle ne revenait point, pourtant; s’amusant sans doute à le faire languir. Il fermait les yeux dans un bien-être exquis; et il rêvait doucement dans l’attente délicieuse de la chose tant désirée. Mais peu à peu ses membres s’engourdirent, sa pensée s’assoupit, devint incertaine, flottante. La puissante fatigue enfin le terrassa; il s’endormit.
Il dormit du lourd sommeil, de l’invincible sommeil des chasseurs exténués. Il dormit jusqu’à l’aurore.
Tout à coup, la fenêtre étant restée entr’ouverte, un coq, perché dans un arbre voisin, chanta. Alors brusquement, surpris par ce cri sonore, le baron ouvrit les yeux.
Sentant contre lui un corps de femme, se trouvant en un lit qu’il ne reconnaissait pas, surpris et ne se souvenant plus de rien, il balbutia, dans l’effarement du réveil:
—«Quoi? Où suis-je? Qu’y a-t-il?»
Alors elle, qui n’avait point dormi, regardant cet homme dépeigné, aux yeux rouges, à la lèvre épaisse, répondit, du ton hautain dont elle parlait à son mari: