Or, il y a deux ans environ, comme je passais l’été à Lille, chez mon cousin de Larielle, on me prévint un soir, au moment de me mettre à table pour dîner, qu’un jeune prêtre désirait me parler.
J’ordonnai de le faire entrer, et il me supplia de venir auprès d’un moribond qui désirait absolument me voir. Cela m’était arrivé souvent dans ma longue carrière de magistrat, et, bien que mis à l’écart par la République, j’étais encore appelé de temps en temps en des circonstances pareilles.
Je suivis donc l’ecclésiastique qui me fit monter dans un petit logis misérable, sous le toit d’une haute maison ouvrière.
Là, je trouvai, sur une paillasse, un étrange agonisant, assis, le dos au mur, pour respirer.
C’était une sorte de squelette grimaçant, avec des yeux profonds et brillants.
Dès qu’il me vit, il murmura:
—Vous ne me reconnaissez pas?
—Non.
—Je suis Moiron.
J’eus un frisson, et je demandai: