Elle fut quelques minutes avant de pouvoir parler encore, tant elle était oppressée et défaillante. Elle reprit: «C’est à toi, le petit. Je te le jure devant Dieu, je te le jure sur mon âme, je te le jure au moment de mourir. Je n’ai pas aimé d’autre homme que toi... Promets-moi de ne pas l’abandonner.» Il essayait de prendre encore dans ses bras ce misérable corps déchiré, vidé de sang. Il balbutia, affolé de remords et de chagrin: «Je te le jure, je l’élèverai et je l’aimerai. Il ne me quittera pas.» Alors elle tenta d’embrasser Jacques. Impuissante à lever sa tête épuisée, elle tendait ses lèvres blanches dans un appel de baiser. Il approcha sa bouche pour cueillir cette lamentable et suppliante caresse.

Un peu calmée, elle murmura tout bas: «Apporte-le, que je voie si tu l’aimes.»

Et il alla chercher l’enfant.

Il le posa doucement sur le lit, entre eux, et le petit être cessa de pleurer. Elle murmura: «Ne bouge plus!» Et il ne remua plus. Il resta là, tenant en sa main brûlante cette main que secouaient des frissons d’agonie, comme il avait tenu, tout à l’heure, une autre main que crispaient des frissons d’amour. De temps en temps, il regardait l’heure, d’un coup d’œil furtif, guettant l’aiguille qui passait minuit, puis une heure, puis deux heures.

Le médecin s’était retiré; les deux gardes, après avoir rôdé quelque temps, d’un pas léger, par la chambre, sommeillaient maintenant sur des chaises. L’enfant dormait, et la mère, les yeux fermés, semblait se reposer aussi.

Tout à coup, comme le jour blafard filtrait entre les rideaux croisés, elle tendit ses bras d’un mouvement si brusque et si violent qu’elle faillit jeter à terre son enfant. Une espèce de râle se glissa dans sa gorge; puis elle demeura sur le dos, immobile, morte.

Les gardes accourues déclarèrent: «C’est fini.»

Il regarda une dernière fois cette femme qu’il avait aimée, puis la pendule qui marquait quatre heures, et s’enfuit oubliant son pardessus, en habit noir, avec l’enfant dans ses bras.

Après qu’il l’eût laissée seule, sa jeune femme avait attendu, assez calme d’abord, dans le petit boudoir japonais. Puis, ne le voyant point reparaître, elle était rentrée dans le salon, d’un air indifférent et tranquille, mais inquiète horriblement. Sa mère, l’apercevant seule, avait demandé: «Où donc est ton mari?» Elle avait répondu: «Dans sa chambre; il va revenir.»

Au bout d’une heure, comme tout le monde l’interrogeait, elle avoua la lettre et la figure bouleversée de Jacques, et ses craintes d’un malheur.