«Je ne sais plus, après ça, ce que j’ai fait. J’ai dû hurler d’abord, m’évanouir peut-être, et tomber, puis courir au château. Je repris ma raison dans mon lit, avec ma mère à mon chevet.
«Je crus que j’avais rêvé tout cela dans un affreux délire. Je balbutiai: «Et lui, lui, Gontran?...» On ne me répondit pas. C’était vrai.
«Je n’osai pas le revoir; mais je demandai une longue mèche de ses cheveux blonds. La... la... voici...»
Et la vieille demoiselle tendait sa main tremblante dans un geste désespéré.
Puis elle se moucha plusieurs fois, s’essuya les yeux et reprit: «J’ai rompu mon mariage... sans dire pourquoi... Et je... je suis restée toujours... la... la veuve de cet enfant de treize ans.» Puis sa tête tomba sur sa poitrine et elle pleura longtemps des larmes pensives.
Et, comme on gagnait les chambres pour dormir, un gros chasseur dont elle avait troublé la quiétude souffla dans l’oreille de son voisin:
—N’est-ce pas malheureux d’être sentimental à ce point-là!
Une Veuve a paru dans le Gaulois du vendredi 1er septembre 1882.