La chienne morte avait retrouvé son maître à soixante lieues de leur maison!
Il poussa un cri épouvantable et il se mit à nager de toute sa force vers la berge, en continuant à hurler; et, dès qu’il eut atteint la terre, il se sauva éperdu, tout nu, par la campagne. Il était fou!»
Mademoiselle Cocotte a paru dans le Gil-Blas du mardi 20 mars 1883, sous la signature: Maufrigneuse.
LES BIJOUX.
Monsieur Lantin ayant rencontré cette jeune fille, dans une soirée, chez son sous-chef de bureau, l’amour l’enveloppa comme un filet.
C’était la fille d’un percepteur de province, mort depuis plusieurs années. Elle était venue ensuite à Paris avec sa mère, qui fréquentait quelques familles bourgeoises de son quartier dans l’espoir de marier la jeune personne. Elles étaient pauvres et honorables, tranquilles et douces. La jeune fille semblait le type absolu de l’honnête femme à laquelle le jeune homme sage rêve de confier sa vie. Sa beauté modeste avait un charme de pudeur angélique, et l’imperceptible sourire qui ne quittait point ses lèvres semblait un reflet de son cœur.
Tout le monde chantait ses louanges; tous ceux qui la connaissaient répétaient sans fin: «Heureux celui qui la prendra. On ne pourrait trouver mieux.»
M. Lantin, alors commis principal au ministère de l’Intérieur, aux appointements annuels de trois mille cinq cents francs, la demanda en mariage et l’épousa.
Il fut avec elle invraisemblablement heureux. Elle gouverna sa maison avec une économie si adroite qu’ils semblaient vivre dans le luxe. Il n’était point d’attentions, de délicatesses, de chatteries qu’elle n’eût pour son mari; et la séduction de sa personne était si grande que, six ans après leur rencontre, il l’aimait plus encore qu’aux premiers jours.