—Monsieur, cela vaut de douze à quinze mille francs, mais je ne pourrais l’acheter que si vous m’en faisiez connaître exactement la provenance.

Le veuf ouvrit des yeux énormes et demeura béant, ne comprenant pas. Il balbutia enfin: «Vous dites?... Vous êtes sûr.» L’autre se méprit sur son étonnement, et, d’un ton sec: «Vous pouvez chercher ailleurs si on vous en donne davantage. Pour moi cela vaut, au plus, quinze mille. Vous reviendrez me trouver si vous ne trouvez pas mieux.»

M. Lantin, tout à fait idiot, reprit son collier et s’en alla, obéissant à un confus besoin de se trouver seul et de réfléchir.

Mais, dès qu’il fut dans la rue, un besoin de rire le saisit, et il pensa: «L’imbécile! oh! l’imbécile! si je l’avais pris au mot tout de même! En voilà un bijoutier qui ne sait pas distinguer le faux du vrai!»

Et il pénétra chez un autre marchand, à l’entrée de la rue de la Paix. Dès qu’il eut aperçu le bijou, l’orfèvre s’écria:

—Ah! parbleu, je le connais bien, ce collier; il vient de chez moi.

M. Lantin, fort troublé, demanda:

—Combien vaut-il?

—Monsieur, je l’ai vendu vingt-cinq mille. Je suis prêt à le reprendre pour dix-huit mille, quand vous m’aurez indiqué, pour obéir aux prescriptions légales, comment vous en êtes détenteur.

Cette fois, M. Lantin s’assit perclus d’étonnement. Il reprit: