—Non... Comme je vous le disais, il est très aimable avec mes amis.
A partir de ce jour, je fis une cour plus régulière. La femme ne me plaisait pas davantage, mais la jalousie probable du mari me tentait beaucoup.
Quant à elle, je la jugeais avec froideur et lucidité. Elle avait un certain charme mondain provenant d’un esprit alerte, gai, aimable et superficiel, mais aucune séduction réelle et profonde. C’était, comme je vous l’ai dit déjà, une agitée, toute en dehors, d’une élégance un peu tapageuse. Comment vous bien l’expliquer? C’était... c’était... un décor... pas un logis.
Or, voilà qu’un jour, comme j’avais dîné chez elle, son mari, au moment où je me retirais, me dit:
—Mon cher ami (il me traitait d’ami depuis quelque temps), nous allons partir bientôt pour la campagne. Or c’est, pour ma femme et pour moi, un grand plaisir d’y recevoir les gens que nous aimons. Voulez-vous accepter de venir passer un mois chez nous. Ce serait très gracieux de votre part.
Je fus stupéfait, mais j’acceptai.
Donc, un mois plus tard j’arrivais chez eux dans leur domaine de Vertcresson, en Touraine.
On m’attendait à la gare, à cinq kilomètres du château. Ils étaient trois, elle, le mari et un monsieur inconnu, le comte de Morterade à qui je fus présenté. Il eut l’air ravi de faire ma connaissance; et les idées les plus bizarres me passèrent dans l’esprit pendant que nous suivions au grand trot un joli chemin profond, entre deux haies de verdure. Je me disais: «Voyons, qu’est-ce que cela veut dire? Voilà un mari qui ne peut douter que sa femme et moi soyons en galanterie, et il m’invite chez lui, me reçoit comme un intime, a l’air de me dire: «Allez, allez, mon cher, la voie est libre!»
Puis on me présente un monsieur, fort bien, ma foi, installé déjà dans la maison, et... et qui cherche peut-être à en sortir et qui a l’air aussi content que le mari lui-même de mon arrivée.
Est-ce un ancien qui veut sa retraite? On le croirait.—Mais alors? Les deux hommes seraient donc d’accord, tacitement, par une de ces jolies petites pactisations infâmes si communes dans la société? Et on me propose, sans rien me dire, d’entrer dans l’association, en prenant la suite. On me tend les mains, et on me tend les bras. On m’ouvre toutes les portes et tous les cœurs.