Tout à coup, comme elle avait allongé son pied entre les jambes de son mari, il murmura avec un air de reproche: «Louise, je vous en prie, n’usez pas vous-même vos vieilles chaussures. Il n’y a pas de raison pour se soigner davantage à Paris qu’à la campagne.»
Je baissai les yeux. Elle portait en effet de vieilles bottines tournées et je m’aperçus que son bas n’était point tendu.
Elle avait rougi en retirant son pied sous sa robe. L’ami regardait au loin d’un air indifférent et dégagé des choses.
Le mari m’offrit un cigare que j’acceptai. Pendant plusieurs jours, il me fut impossible de rester seul avec elle deux minutes, tant il nous suivait partout. Il était délicieux pour moi d’ailleurs.
Or, un matin, comme il m’était venu chercher pour faire une promenade à pied, avant déjeuner, nous en vînmes à parler du mariage. Je dis quelques phrases sur la solitude et quelques autres sur la vie commune rendue charmante par la tendresse d’une femme. Il m’interrompit tout à coup: «Mon cher, ne parlez pas de ce que vous ne connaissez point. Une femme qui n’a plus d’intérêt à vous aimer, ne vous aime pas longtemps. Toutes les coquetteries qui les font exquises, quand elles ne nous appartiennent pas définitivement, cessent dès qu’elles sont à nous. Et puis d’ailleurs... les femmes honnêtes... c’est-à-dire nos femmes... sont... ne sont pas... manquent de... enfin ne connaissent pas assez leur métier de femme. Voilà... je m’entends.»
Il n’en dit pas davantage et je ne pus deviner au juste sa pensée.
Deux jours après cette conversation il m’appela dans sa chambre, de très bonne heure, pour me montrer une collection de gravures.
Je m’assis dans un fauteuil, en face de la grande porte qui séparait son appartement de celui de sa femme, et derrière cette porte j’entendais marcher, remuer, et je ne songeais guère aux gravures, tout en m’écriant: «Oh! délicieux! exquis! exquis!»
Il dit soudain:
—Oh! mais, j’ai une merveille, à côté. Je vais vous la chercher.