«O jamais! tu es un mot plus grand que la mer! O jamais! tu es plein de cris, de larmes et de rage. Jamais! Oh! tu es rigoureux. Oh! tu fais peur!»
Et quand le vieux prêtre eut terminé, il me dit:
—N’est-ce pas que c’est terrible?
Là-bas nous entendions la vague infatigable s’acharnant sur la sinistre falaise. Je revoyais ce trou plein d’écume furieuse, lugubre et hurlant, vrai séjour de la mort; et quelque chose de l’effroi mystique qui fait trembler les dévots repentants pesait sur mon cœur.
Je repartis au soleil levant, comptant atteindre Douarnenez avant la nuit.
Un homme qui parlait français, ayant navigué quatorze ans sur les navires de l’Etat, m’aborda, comme je cherchais le sentier douanier, et nous descendîmes ensemble vers la baie des Trépassés, dont la pointe du Raz forme un des bords.
C’est un immense cirque de sable, d’une inoubliable mélancolie, d’une tristesse inquiétante, donnant, au bout de quelque temps, l’envie de partir, d’aller plus loin. Une vallée nue avec un étang lugubre, sans grands ajoncs, un étang, qui paraît mort, aboutit à cette grève effrayante.
Cela semble bien une antichambre du séjour infernal. Le sable jaune, triste et plat, s’étend jusqu’à un énorme cap de granit qui fait face à la pointe du Raz, et où les flots acharnés se brisent.
De loin nous apercevions trois hommes immobiles piqués comme des pieux sur le sable. Mon compagnon parut étonné, car jamais on ne vient dans cette crique désolée. Mais, en approchant, nous aperçûmes quelque chose de long, étendu près d’eux, comme enfoui dans la grève; et parfois ils se penchaient, touchaient cela, se relevaient.
C’était un mort, un noyé, un matelot de Douarnenez perdu la semaine précédente avec ses quatre camarades. Depuis huit jours on les attendait en ce lieu où le courant rejette les cadavres. Il était le premier venu à ce dernier rendez-vous.