Le soldat reprit:—«Mon lieutenant, il nous a dit: «Allez-vous-en chez le lieutenant et faites-moi tout l’ouvrage de Mohammed. Mohammed il doit rien faire, parce que c’est la femme du lieutenant.»
Cette attention délicate coûta d’ailleurs à l’officier indigène deux mois d’arrêts.
Ce qui prouve combien ce vice est entré dans les mœurs des Arabes, c’est que tout prisonnier qui leur tombe dans les mains est aussitôt utilisé pour leurs plaisirs. S’ils sont nombreux, l’infortuné peut mourir à la suite de ce supplice de volupté.
Quand la justice est appelée à constater un assassinat, elle constate aussi fort souvent que le cadavre a été violé, après la mort, par le meurtrier.
Il est encore d’autres faits fort communs et tellement ignobles que je ne les puis rapporter ici.
En redescendant, un soir, de Boukhrari, vers le coucher du soleil, j’aperçus trois Oulad-Naïl, deux en rouge et une en bleu, debout au milieu d’une foule d’hommes assis à l’orientale ou couchés. Elles avaient l’air de divinités sauvages dominant un peuple prosterné.
Tous avaient les yeux fixés sur le fort de Boghar, là-bas, sur la grande côte en face, sur l’autre versant de la vallée poudreuse. Tous étaient immobiles, attentifs comme s’ils eussent attendu quelque événement surprenant. Tous tenaient à la main une cigarette vierge encore et qu’ils venaient de rouler.
Soudain une petite fumée blanche jaillit au sommet de la forteresse, et, aussitôt, dans toutes les bouches pénétrèrent toutes les cigarettes, tandis qu’un bruit sourd et lointain faisait un peu frémir le sol. C’était le canon français annonçant aux vaincus le terme de l’abstinence quotidienne.