Nous regardions passer au loin de singulières petites colonnes de poussière qui ont l’air d’une fumée, tantôt droites, tantôt penchées ou tordues, et qui courent rapidement sur le sol, hautes de quelques mètres, larges au sommet et minces du pied.
Les remous de l’air, formant ventouse, soulèvent et entraînent ces nuées transparentes et vraiment fantastiques, qui seules mettent un mouvement en ces lieux lamentablement déserts.
Cinq cents mètres en avant de notre petite troupe, un cavalier servant de guide nous dirigeait à travers la morne et toute droite solitude. Pendant dix minutes, il allait au pas, immobile sur la selle, et chantant, en sa langue, une chanson traînante, avec ces rythmes étranges de là-bas. Nous imitions son allure. Puis soudain il partait au trot, à peine secoué, son grand bournous voltigeant, le corps d’aplomb, debout sur les étriers. Et nous partions derrière lui, jusqu’au moment où il s’arrêtait pour reprendre un train plus doux.
Je demandai à mon voisin:
—Comment peut-il nous conduire à travers ces espaces nus, sans points de repère!
Il me répondit:
—Quand il n’y aurait que les os des chameaux.
En effet, de quart d’heure en quart d’heure, nous rencontrions quelque ossement énorme rongé par les bêtes, cuit par le soleil, tout blanc, tachant le sable. C’était parfois un morceau de jambe, parfois un morceau de mâchoire, parfois un bout de colonne vertébrale.
—D’où viennent tous ces débris? demandai-je.
Mon voisin répliqua: