Mais, repoussés successivement de tous les points où ils s’établirent, jalousés partout à cause de leur intelligence et de leur industrie, suspectés aussi en raison de leur hétérodoxie, ils s’arrêtèrent enfin dans la contrée la plus aride, la plus brûlante, la plus affreuse de toutes. On l’appelle en arabe Hammada (échauffée) et Chebka (filet) parce qu’elle ressemble à un immense filet de rochers et de rocailles noires.
Le pays des Mozabites est situé à cent cinquante kilomètres environ de Laghouat.
Voici comment M. le commandant Coÿne, l’homme qui connaît le mieux tout le sud de l’Algérie, décrit son arrivée au Mzab dans une brochure des plus intéressantes:
«A peu près au centre de la Chebka se trouve une sorte de cirque formé par une ceinture de roches calcaires très luisantes et à pentes très raides sur l’intérieur. Il est ouvert au nord-ouest et au sud-est, par deux tranchées qui laissent passer l’Oued-Mzab. Ce cirque, d’environ dix-huit kilomètres de long sur une largeur de deux kilomètres au plus, renferme cinq des villes de la confédération du Mzab, et les terrains que cultivent exclusivement en jardins les habitants de cette vallée.
«Vue de l’extérieur et du côté du nord et de l’est, cette ceinture de rochers offre l’aspect d’une agglomération de koubbas étagées, les unes au-dessus des autres, sans aucune espèce d’ordre; on dirait d’une immense nécropole arabe. La nature elle-même paraît morte. Là, aucune trace de végétation ne repose l’œil, les oiseaux de proie eux-mêmes semblent fuir ces régions désolées. Seuls les rayons d’un implacable soleil se reflètent sur ces murailles de rochers d’un blanc grisâtre et produisent, par les ombres qu’ils portent, des dessins fantastiques.
«Aussi quel n’est pas l’étonnement, je dirai même l’enthousiasme du voyageur lorsque, arrivé sur la crête de cette ligne de rochers, il découvre dans l’intérieur du cirque cinq villes populeuses entourées de jardins d’une végétation luxuriante, se découpant en vert sombre sur les fonds rougeâtres du lit de l’oued Mzab.
«Autour de lui, le désert dénudé, la mort; à ses pieds, la vie et les preuves évidentes d’une civilisation avancée.»
Le Mzab est une république, ou plutôt une commune dans le genre de celle que tentèrent d’établir les révolutionnaires parisiens en 1871.
Personne au Mzab n’a le droit de rester inactif; et l’enfant, dès qu’il peut marcher et porter quelque chose, aide son père à l’arrosage des jardins, qui forme la constante et la plus grande occupation des habitants. Du matin au soir, le mulet ou le chameau tire, dans le seau de cuir, l’eau déversée ensuite dans une rigole ingénieusement organisée de façon que pas une goutte du précieux liquide ne soit perdue.
Le Mzab compte en outre un grand nombre de barrages pour emmagasiner les pluies. Il est donc infiniment plus avancé que notre Algérie.