Dans le début de l’insurrection, cet agha allait rejoindre la colonne française avec ses goums. Il rencontra en route les Trafis, mandés dans la même intention, et il se joignit à eux.

Mais l’agha de Saïda est chargé de dettes qu’il ne peut payer. Or, l’idée lui vint sans doute, pendant la nuit, de faire une razzia, car, réunissant son goum, il se précipita sur les Trafis. Ceux-ci, battus dans la première attaque, reprirent l’avantage; et l’agha de Saïda fut contraint de fuir avec ses hommes.

Or, comme l’agha de Saïda est notre allié, notre ami, notre lieutenant, comme il représente l’autorité française, les Trafis se persuadèrent que nous avions la main dans l’affaire, et, au lieu de rejoindre le camp français, ils firent défection et allèrent immédiatement trouver Bou-Amama qu’ils ne quittèrent plus et dont ils constituèrent la principale force.

L’exemple est caractéristique, n’est-ce pas? Et l’agha de Saïda est resté notre fidèle ami. Il marche sous nos drapeaux!

On cite, d’un autre côté, un célèbre agha que nos chefs militaires traitent avec la plus grande considération, parce que son influence est considérable, prédominante sur un grand nombre de tribus.

Tantôt il nous aide, tantôt il nous trahit, selon son avantage. Allié ouvertement aux Français, dont il tient son autorité, il favorise secrètement toutes les insurrections. Il est vrai de dire qu’il lâche indifféremment l’un ou l’autre parti sitôt qu’il s’agit de piller.

Après avoir pris une part indéniable à l’assassinat du colonel Beauprêtre, le voici aujourd’hui qui marche avec nous. Mais on le soupçonne fortement d’avoir participé à beaucoup des mécomptes que nous avons subis.

Notre inébranlable allié, l’agha de Frenda, nous a maintes fois prévenus du double jeu de ce potentat. Nous avons fermé l’oreille, parce qu’il rend à l’autorité militaire des services intéressés, quitte à en rendre d’autres à nos ennemis.

Cette situation particulière, la protection ouverte dont nous couvrons ce chef, lui assure l’impunité pour une multitude de forfaits qu’il commet journellement.

Voici ce qui se passe.