Elle répondit:

—N’aie pas peur, mon petit René.

26 juin.—Loëche n’est pas triste. Non. C’est sauvage, mais très beau. Cette muraille de roches hautes de deux milles mètres, d’où glissent cent torrents pareils à des filets d’argent; ce bruit éternel de l’eau qui roule; ce village enseveli dans les Alpes d’où l’on voit, comme du fond d’un puits, le soleil lointain traverser le ciel; le glacier voisin, tout blanc dans l’échancrure de la montagne, et ce vallon plein de ruisseaux, plein d’arbres, plein de fraîcheur et de vie, qui descend vers le Rhône et laisse voir à l’horizon les cimes neigeuses du Piémont: tout cela me séduit et m’enchante. Peut-être que... si Berthe n’était pas là?...

Elle est parfaite, cette enfant, réservée et distinguée plus que personne. J’entends dire:

—Comme elle est jolie, cette petite marquise!...

27 juin.—Premier bain. On descend directement de la chambre dans les piscines, où vingt baigneurs trempent déjà, vêtus de longues robes de laine, hommes et femmes ensemble. Les uns mangent, les autres lisent, les autres causent. On pousse devant soi de petites tables flottantes. Parfois on joue au furet, ce qui n’est pas toujours convenable. Vus des galeries qui entourent le bain, nous avons l’air de gros crapauds dans un baquet.

Berthe est venue s’asseoir dans cette galerie pour causer un peu avec moi. On l’a beaucoup regardée.

28 juin.—Deuxième bain. Quatre heures d’eau. J’en aurai huit heures dans huit jours. J’ai pour compagnons plongeurs le prince de Vanoris (Italie), le comte Lovenberg (Autriche), le baron Samuel Vernhe (Hongrie ou ailleurs), plus une quinzaine de personnages de moindre importance, mais tous nobles. Tout le monde est noble dans les villes d’eaux.

Ils me demandent, l’un après l’autre, à être présentés à Berthe. Je réponds: «Oui!» et je me dérobe. On me croit jaloux, c’est bête!

29 juin.—Diable! diable! la princesse de Vanoris est venue elle-même me trouver, désirant faire la connaissance de ma femme, au moment où nous rentrions à l’hôtel. J’ai présenté Berthe, mais je l’ai priée d’éviter avec soin de rencontrer cette dame.