Et je rêvai. Mais voilà que dans mon rêve il me sembla qu’on m’appelait, qu’on criait au secours; puis je reçus un coup violent; j’ouvris les yeux!...
Oh!... Le soleil couchant, rouge, magnifique, entrant tout entier par ma fenêtre grande ouverte, semblait nous regarder du bord de l’horizon, illuminait d’une lueur d’apothéose mon lit tumultueux, et, couchée dessus, une femme éperdue, qui hurlait, se débattait, se tortillait, s’agitait des pieds et des mains pour saisir un bout de drap, un coin de rideau, n’importe quoi, tandis que, debout au milieu de la chambre, effarés, côte à côte, mon propriétaire en redingote, flanqué du concierge et d’un fumiste noir comme un diable, nous contemplait avec des yeux stupides.
Je me dressai furieux, prêt à lui sauter au collet, et je criai: «Que faites-vous chez moi, nom de Dieu!»
Le fumiste, pris d’un rire irrésistible, laissa tomber la plaque de tôle qu’il portait à la main. Le concierge semblait devenu fou, et le propriétaire balbutia: «Mais, monsieur, c’était... c’était... pour la cheminée... la cheminée...» Je hurlai: «F...ichez le camp, nom de Dieu!»
Alors il retira son chapeau d’un air confus et poli, et, s’en allant à reculons, murmura: «Pardon, monsieur, excusez-moi, si j’avais cru vous déranger, je ne serais pas venu. Le concierge m’avait affirmé que vous étiez sorti. Excusez-moi.» Et ils partirent.
Depuis ce temps-là, voyez-vous, je ne ferme jamais les fenêtres; mais je pousse toujours les verrous.
Le Verrou a paru dans le Gil-Blas du mardi 25 juillet 1882, sous la signature: Maufrigneuse.
RENCONTRE.
A Édouard Rod.