Je lui dis: «Allons, calme-toi; ou bien, attaque si tu as des intentions. Elle ne m’a pas l’air imprenable, bien qu’elle paraisse un peu grognon.»

Il reprit: «Est-ce que tu ne pourrais pas lui parler, toi? Moi, je ne trouve rien. Je suis d’une timidité stupide au début. Je n’ai jamais su aborder une femme dans la rue. Je les suis, je tourne autour, je m’approche, et jamais je ne découvre la phrase nécessaire. Une seule fois j’ai fait une tentative de conversation. Comme je voyais de la façon la plus évidente qu’on attendait mes ouvertures, et comme il fallait absolument dire quelque chose, je balbutiai: «Vous allez bien, madame?» Elle me rit au nez, et je me suis sauvé.»

Je promis à Paul d’employer toute mon adresse pour amener une conversation, et, lorsque nous eûmes repris nos places, je demandai gracieusement à notre voisine: «Est-ce que la fumée de tabac vous gêne? madame.»

Elle répondit: «Non capisco.»

C’était une Italienne! Une folle envie de rire me saisit. Paul ne sachant pas un mot de cette langue, je devais lui servir d’interprète. J’allais commencer mon rôle. Je prononçai, alors, en italien.

—Je vous demandais, madame, si la fumée du tabac vous gêne le moins du monde?

Elle me jeta d’un air furieux: «Che mi fa!»

Elle n’avait pas tourné la tête ni levé les yeux sur moi, et je demeurai fort perplexe, ne sachant si je devais prendre ce «qu’est-ce que ça me fait?» pour une autorisation, pour un refus, pour une vraie marque d’indifférence ou pour un simple: «Laissez-moi tranquille.»

Je repris: «Madame, si l’odeur vous gêne le moins du monde...?»

Elle répondit alors: «mica» avec une intonation qui équivalait à: «Fichez-moi la paix!» C’était cependant une permission, et je dis à Paul: «Tu peux fumer.» Il me regardait avec ces yeux étonnés qu’on a quand on cherche à comprendre des gens qui parlent devant vous une langue étrangère. Et il demanda d’un air tout à fait drôle: