Alors, en rentrant chez lui, excité par la rencontre de tant de croix, comme l’est un pauvre affamé après avoir passé devant les grandes boutiques de nourriture, il déclarait d’une voix forte: «Quand donc, enfin, nous débarrassera-t-on de ce sale gouvernement? Sa femme surprise, lui demandait: «Qu’est-ce que tu as aujourd’hui».
Et il répondait: «J’ai que je suis indigné par les injustices que je vois commettre partout. Ah! que les communards avaient raison!»
Mais il ressortait après son dîner, et il allait considérer les magasins de décorations. Il examinait tous ces emblèmes de formes diverses, de couleurs variées. Il aurait voulu les posséder tous, et, dans une cérémonie publique, dans une immense salle pleine de monde, pleine de peuple émerveillé, marcher en tête d’un cortège, la poitrine étincelante, zébrée de brochettes alignées l’une sur l’autre, suivant la forme de ses côtes, et passer gravement, le claque sous le bras, luisant comme un astre au milieu de chuchotements admiratifs, dans une rumeur de respect.
Il n’avait, hélas! aucun titre pour aucune décoration.
Il se dit: «La Légion d’honneur est vraiment par trop difficile pour un homme qui ne remplit aucune fonction publique. Si j’essayais de me faire nommer officier d’Académie!»
Mais il ne savait comment s’y prendre. Il en parla à sa femme qui demeura stupéfaite.
—«Officier d’Académie? Qu’est-ce que tu as fait pour cela.»
Il s’emporta: «Mais comprends donc ce que je veux dire. Je cherche justement ce qu’il faut faire. Tu es stupide par moments.»
Elle sourit: «Parfaitement, tu as raison. Mais je ne sais pas, moi?»
Il avait une idée: «Si tu en parlais au député Rosselin, il pourrait me donner un excellent conseil. Moi, tu comprends que je n’ose guère aborder cette question directement avec lui. C’est assez délicat, assez difficile; venant de toi, la chose devient toute naturelle.»