Et je demeurai tout à fait confus et gêné, honteux, en face de ces mioches qui me regardaient avec leurs grands yeux graves, et qui semblaient déjà savoir ce que je pouvais exiger d’elles.
Je ne savais que leur dire. J’avais envie de les renvoyer, mais on ne rend pas un présent du souverain. C’eût été une mortelle injure. Il fallait donc garder, installer chez moi ce troupeau d’enfants.
Elles restaient fixes, me dévisageant toujours, attendant mon ordre, cherchant à lire dans mon œil ma pensée. Oh! le maudit cadeau. Comme il me gênait! A la fin, me sentant ridicule, je demandai à la plus grande:
—Comment t’appelles-tu, toi?
—Elle répondit: «Châli».
Cette gamine à la peau si jolie, un peu jaune, comme de l’ivoire, était une merveille, une statue avec sa face aux lignes longues et sévères.
Alors, je prononçai, pour voir ce qu’elle pourrait répondre, peut-être pour l’embarrasser:
—Pourquoi es-tu ici?
Elle dit de sa voix douce, harmonieuse: «Je viens pour faire ce qu’il te plaira d’exiger de moi, mon seigneur.»
La gamine était renseignée.