—Voulez-vous vous coucher tout de suite?

—Oui, je veux bien; j’ai sommeil.»

Elle se leva, bâilla, tendit la main à Paul qui la prit d’un air furieux, et je l’éclairai dans notre appartement.

Mais une inquiétude me hantait: «Voici, lui dis-je de nouveau, tout ce qu’il vous faut.»

Et j’eus soin de verser moi-même la moitié du pot à eau dans la cuvette et de placer la serviette près du savon.

Puis je retournai vers Paul. Il déclara dès que je fus rentré: «Tu as amené là un joli chameau!» Je répliquai en riant: «Mon cher, ne dis pas de mal des raisins trop verts.»

Il reprit, avec une méchanceté sournoise: «Tu verras s’il t’en cuira, mon bon.»

Je tressaillis, et cette peur harcelante qui nous poursuit après les amours suspectes, cette peur qui nous gâte les rencontres charmantes, les caresses imprévues, tous les baisers cueillis à l’aventure, me saisit. Je fis le brave cependant: «Allons donc, cette fille-là n’est pas une rouleuse.»

Mais il me tenait, le gredin! Il avait vu sur mon visage passer l’ombre de mon inquiétude:

—Avec ça que tu la connais? Je te trouve surprenant! Tu cueilles dans un wagon une Italienne qui voyage seule; elle t’offre avec un cynisme vraiment singulier d’aller coucher avec toi dans le premier hôtel venu. Tu l’emmènes. Et tu prétends que ce n’est pas une fille! Et tu te persuades que tu ne cours pas plus de danger ce soir que si tu allais passer la nuit dans le lit d’une... d’une femme atteinte de petite vérole.