J’allais oublier, en une seconde, les conseils prudents de mon camarade; mais, soudain, m’étant tourné vers la toilette, je vis toutes choses dans l’état où je les avais laissées; et je m’assis, tout à fait anxieux, torturé par l’irrésolution.
Certes, je suis resté là longtemps, fort longtemps, une heure peut-être, sans me décider à rien, ni à l’audace ni à la fuite. La retraite d’ailleurs m’était impossible, et il me fallait soit passer la nuit sur un siège, soit me coucher à mon tour, à mes risques et périls.
Quant à dormir ici ou là, je n’y devais pas songer, j’avais la tête trop agitée et les yeux trop occupés.
Je remuais sans cesse, vibrant, enfiévré, mal à l’aise, énervé à l’excès. Puis je me fis un raisonnement de capitulard: «Ça ne m’engage à rien de me coucher. Je serai toujours mieux, pour me reposer, sur un matelas que sur une chaise.»
Et je me déshabillai lentement; puis passant par-dessus la dormeuse, je m’étendis contre la muraille, en offrant le dos à la tentation.
Et je demeurai encore longtemps, fort longtemps sans dormir.
Mais, tout à coup, ma voisine se réveilla. Elle ouvrit des yeux étonnés et toujours mécontents, puis s’étant aperçue qu’elle était nue, elle se leva et passa tranquillement sa chemise de nuit, avec autant d’indifférence que si je n’avais pas été là.
Alors... ma foi... je profitai de la circonstance, sans qu’elle parût d’ailleurs s’en soucier le moins du monde. Et elle se rendormit placidement, la tête posée sur son bras droit.
Et je me mis à méditer sur l’imprudence et la faiblesse humaines. Puis je m’assoupis enfin.
Elle s’habilla de bonne heure, en femme habituée aux travaux du matin. Le mouvement qu’elle fit en se levant m’éveilla; et je la guettai entre mes paupières à demi closes.