Je trouvai tout cela non sans peine, et je frappai à la porte d’une sorte de pavillon délabré. Une grosse femme vint ouvrir, qui avait dû être fort belle, et qui n’était plus que fort sale. Trop grasse, elle gardait cependant une majesté de lignes remarquables. Ses cheveux dépeignés tombaient par mèches sur son front et sur ses épaules, et on voyait flotter, dans une vaste robe de chambre criblée de taches, tout son gros corps ballottant. Elle avait au cou un énorme collier doré, et, aux deux poignets, de superbes bracelets en filigrane de Gênes.
Elle demanda d’un air hostile: «Qu’est-ce que vous désirez?»
Je répondis: «N’est-ce pas ici que demeure Mlle Francesca Rondoli?
—Qu’est-ce que vous lui voulez?
—J’ai eu le plaisir de la rencontrer l’année dernière, et j’aurais désiré la revoir.»
La vieille femme me fouillait de son œil méfiant: «Dites-moi où vous l’avez rencontrée?
—Mais, ici-même, à Gênes!
—Comment vous appelez-vous?»
J’hésitai une seconde, puis je dis mon nom. Je l’avais à peine prononcé que l’Italienne leva les bras comme pour m’embrasser: «Ah! vous êtes le Français; que je suis contente de vous voir! Que je suis contente! Mais, comme vous lui avez fait de la peine à la pauvre enfant. Elle vous a attendu un mois, monsieur, oui, un mois. Le premier jour, elle croyait que vous alliez venir la chercher. Elle voulait voir si vous l’aimiez! Si vous saviez comme elle a pleuré quand elle a compris que vous ne viendriez pas. Oui, monsieur, elle a pleuré toutes ses larmes. Et puis, elle a été à l’hôtel. Vous étiez parti. Alors, elle a cru que vous faisiez votre voyage en Italie, et que vous alliez encore passer par Gênes, et que vous la chercheriez en retournant puisqu’elle n’avait pas voulu aller avec vous. Et elle a attendu, oui, monsieur, plus d’un mois; et elle était bien triste, allez, bien triste. Je suis sa mère!»
Je me sentis vraiment un peu déconcerté. Je repris cependant mon assurance et je demandai: «Est-ce qu’elle est ici en ce moment?