Je balbutiai: «Voyons..... voyons..... madame Kergaran..... voyons.....» Et comme elle s’était tue pour attendre ma réponse, je la saisis dans mes deux bras et je me mis à l’embrasser, mais à l’embrasser comme un affamé, comme un homme qui attend ça depuis longtemps.

Elle se débattait, tournait la tête, sans se fâcher trop fort, répétant machinalement selon son habitude: «Oh! la canaille... la canaille... la ca...»

Elle ne put pas achever le mot, je l’avais enlevée d’un effort, et je l’emportais, serrée contre moi. On est rudement vigoureux, allez, en certains moments!

Je rencontrai le bord du lit, et je tombai dessus sans la lâcher.....

Il y faisait en effet fort bon et fort chaud dans son lit.

Une heure plus tard, la bougie s’étant éteinte, la patronne se leva pour allumer l’autre. Et comme elle revenait se glisser à mon côté, enfonçant sous les draps sa jambe ronde et forte, elle prononça d’une voix câline, satisfaite, reconnaissante peut-être: «Oh!... la canaille!... la canaille!...»

La Patronne a paru dans le Gil-Blas du 1er avril 1884, sous la signature: Maufrigneuse.


LE PETIT FÛT.

A Adolphe Tavernier.