Il eut soin de poser son sabre avec douceur, sur les deux bras d’un fauteuil; il ôta ses bottes comme un voleur, et parla si bas que Mathilde ne l’entendait plus. Enfin, il allait être heureux, tout à fait heureux, quand le parquet ou quelque meuble, ou peut-être le lit lui-même, craqua. Ce fut un bruit sec comme si quelque support s’était brisé, et aussitôt un cri, faible d’abord, puis suraigu, y répondit. André s’était réveillé.
Il glapissait comme un renard. S’il continuait ainsi, certes, toute la maison allait se lever.
La mère affolée s’élança et le rapporta. Le capitaine ne se releva pas. Il rageait. Alors, tout doucement il étendit la main, prit entre deux doigts un peu de chair du marmot, n’importe où, à la cuisse ou bien au derrière, et il pinça. L’enfant se débattit, hurlant à déchirer les oreilles. Alors le capitaine, exaspéré, pinça plus fort, partout, avec fureur. Il saisissait vivement le bourrelet de peau et le tordait en le serrant violemment, puis le lâchait pour en prendre un autre à côté, puis un autre plus loin, puis encore un autre.
L’enfant poussait des clameurs de poulet qu’on égorge ou de chien qu’on flagelle. La mère éplorée l’embrassait, le caressait, tâchait de le calmer, d’étouffer ses cris sous les baisers. Mais André devenait violet comme s’il allait avoir des convulsions, et il agitait ses petits pieds et ses petites mains d’une façon effrayante et navrante.
Le capitaine dit d’une voix douce: «Essayez donc de le reporter dans son berceau; il s’apaisera peut-être.» Et Mathilde s’en alla vers l’autre chambre avec son enfant dans ses bras.
Dès qu’il fut sorti du lit de sa mère, il cria moins fort; et dès qu’il fut rentré dans le sien, il se tut, avec quelques sanglots encore, de temps en temps.
Le reste de la nuit fut tranquille; et le capitaine fut heureux.
La nuit suivante, il revint encore. Comme il parlait un peu fort, André se réveilla de nouveau et se mit à glapir. Sa mère bien vite l’alla chercher; mais le capitaine pinça si bien, si durement et si longtemps que le marmot suffoqua, les yeux tournés, l’écume aux lèvres.
On le remit en son berceau. Il se calma tout aussitôt.
Au bout de quatre jours, il ne pleurait plus pour aller dans le lit maternel.