Maillochon, qui le suivait, lui tapait dans le dos de grands coups de poing pour témoigner son allégresse.
L’Ane a paru dans le Gaulois du dimanche 15 juillet 1883, sous le titre: Le Bon Jour.
IDYLLE.
A Maurice Leloir.
LE train venait de quitter Gênes, allant vers Marseille et suivant les longues ondulations de la côte rocheuse, glissant comme un serpent de fer entre la mer et la montagne, rampant sur les plages de sable jaune que les petites vagues bordaient d’un filet d’argent, et entrant brusquement dans la gueule noire des tunnels ainsi qu’une bête en son trou.
Dans le dernier wagon du train, une grosse femme et un jeune homme demeuraient face à face, sans parler, et se regardant par moments. Elle avait peut-être vingt-cinq ans; et, assise près de la portière, elle contemplait le paysage. C’était une forte paysanne piémontaise, aux yeux noirs, à la poitrine volumineuse, aux joues charnues. Elle avait poussé plusieurs paquets sous la banquette de bois, gardant sur ses genoux un panier.
Lui, il avait environ vingt ans; il était maigre, hâlé, avec ce teint noir des hommes qui travaillent la terre au grand soleil. Près de lui, dans un mouchoir, toute sa fortune: une paire de souliers, une chemise, une culotte et une veste. Sous le banc il avait aussi caché quelque chose: une pelle et une pioche attachées ensemble au moyen d’une corde. Il allait chercher du travail en France.
Le soleil, montant au ciel, versait sur la côte une pluie de feu; c’était vers la fin de mai, et des odeurs délicieuses voltigeaient, pénétraient dans les wagons dont les vitres demeuraient baissées. Les orangers et les citronniers en fleur, exhalant dans le ciel tranquille leurs parfums sucrés, si doux, si forts, si troublants, les mêlaient au souffle des roses poussées partout, comme des herbes, le long de la voie, dans les riches jardins, devant les portes des masures et dans la campagne aussi.
Elles sont chez elles, sur cette côte, les roses! Elles emplissent le pays de leur arome puissant et léger, elles font de l’air une friandise, quelque chose de plus savoureux que le vin et d’enivrant comme lui.