Elle demanda: «Vous êtes du Piémont?»
—«Je suis d’Asti.»
—«Moi de Casale.»
Ils étaient voisins. Ils se mirent à causer.
Ils dirent les longues choses banales que répètent sans cesse les gens du peuple et qui suffisent à leur esprit lent et sans horizon. Ils parlèrent du pays. Ils avaient des connaissances communes. Ils citèrent des noms, devenant amis à mesure qu’ils découvraient une nouvelle personne qu’ils avaient vue tous les deux. Les mots rapides, pressés, sortaient de leurs bouches avec leurs terminaisons sonores et leur chanson italienne. Puis ils s’informèrent d’eux-mêmes.
Elle était mariée; elle avait déjà trois enfants laissés en garde à sa sœur, car elle avait trouvé une place de nourrice, une bonne place chez une dame française, à Marseille.
Lui, il cherchait du travail. On lui avait dit qu’il en trouverait aussi par là, car on bâtissait beaucoup.
Puis ils se turent.
La chaleur devenait terrible, tombant en pluie sur le toit des wagons. Un nuage de poussière voltigeait derrière le train, pénétrait dedans; et les parfums des orangers et des roses prenaient une saveur plus intense, semblaient s’épaissir, s’alourdir.
Les deux voyageurs s’endormirent de nouveau.