—Mais certainement, je me le rappelle.
Il reprit en frissonnant:
—Eh bien... ce jour-là... si j’avais été... si j’avais été... entreprenant... qu’est-ce que vous auriez fait?
Elle se remit à sourire en femme heureuse qui ne regrette rien, et elle répondit franchement, d’une voix claire où pointait une ironie:
—J’aurais cédé, mon ami.
Puis elle tourna sur ses talons et s’enfuit vers ses confitures.
Saval ressortit dans la rue, atterré comme après un désastre. Il filait à grands pas sous la pluie, droit devant lui, descendant vers la rivière, sans songer où il allait. Quand il arriva sur la berge, il tourna à droite et la suivit. Il marcha longtemps, comme poussé par un instinct. Ses vêtements ruisselaient d’eau, son chapeau déformé, mou comme une loque, dégouttait à la façon d’un toit. Il allait toujours, toujours devant lui. Et il se trouva sur la place où ils avaient déjeuné au jour lointain dont le souvenir lui torturait le cœur.
Alors il s’assit sous les arbres dénudés, et il pleura.
Regret a paru dans le Gaulois du dimanche 4 novembre 1883.