Et nous sommes revenus par le bateau de Saint-Malo, pour ne pas le rencontrer. Ma mère était dévorée d’inquiétude.
Je n’ai jamais revu le frère de mon père!
Voilà pourquoi tu me verras quelquefois donner cent sous aux vagabonds.
Mon oncle Jules a paru dans le Gaulois du mardi 7 août 1883.
EN VOYAGE.
A Gustave Toudouze.
I
LE wagon était au complet depuis Cannes; on causait, tout le monde se connaissant. Lorsqu’on passa Tarascon, quelqu’un dit: «C’est ici qu’on assassine.» Et on se mit à parler du mystérieux et insaisissable meurtrier qui, depuis deux ans, s’offre, de temps en temps, la vie d’un voyageur. Chacun faisait des suppositions, chacun donnait son avis; les femmes regardaient en frissonnant la nuit sombre derrière les vitres, avec la peur de voir apparaître soudain une tête d’homme à la portière. Et on se mit à raconter des histoires effrayantes de mauvaises rencontres, des tête-à-tête avec des fous dans un rapide, des heures passées en face d’un personnage suspect.
Chaque homme savait une anecdote à son honneur, chacun avait intimidé, terrassé et garrotté quelque malfaiteur en des circonstances surprenantes, avec une présence d’esprit et une audace admirables. Un médecin, qui passait chaque hiver dans le Midi, voulut à son tour conter une aventure: