Elle était maintenant une maigre vieille, très propre par suite d’habitudes anciennes, volontaire, entêtée, avec un esprit étroit, méticuleux, et facilement irritable. Devenue très dévote, elle semblait avoir totalement oublié les aventures des jours passés.

Elle demanda: «Qu’est-ce que tu veux?»

Il répondit: «Je trouve que deux verres ne font pas grand effet. Si on donnait du champagne... Cela ne me coûtera jamais plus de trois ou quatre francs, et on pourrait mettre tout de suite les flûtes. On changerait tout à fait l’aspect de la salle.»

Mlle Charlotte reprit: «Je ne vois pas l’utilité de cette dépense. Enfin, c’est toi qui payes, cela ne me regarde pas.»

Il hésitait, cherchant à se convaincre lui-même: «Je t’assure que cela fera mieux. Et puis, pour le gâteau des Rois, ça animera.» Cette raison l’avait décidé. Il prit son chapeau et redescendit l’escalier, puis revint au bout de cinq minutes avec une bouteille qui portait au flanc, sur une large étiquette blanche ornée d’armoiries énormes: «Grand vin mousseux de Champagne du comte de Chatel-Rénovau.»

Et Cachelin déclara: «Il ne me coûte que trois francs, et il paraît qu’il est exquis.»

Il prit lui-même les flûtes dans une armoire et les plaça devant les convives.

La porte de droite s’ouvrit. Sa fille entra. Elle était grande, grasse et rose, une belle fille de forte race, avec des cheveux châtains et des yeux bleus. Une robe simple dessinait sa taille ronde et souple; sa voix forte, presque une voix d’homme, avait ces notes graves qui font vibrer les nerfs. Elle s’écria: «Dieu! du champagne! quel bonheur!» en battant des mains d’une manière enfantine.

Son père lui dit: «Surtout, sois aimable pour ce monsieur qui m’a rendu beaucoup de services.»

Elle se mit à rire d’un rire sonore qui disait: «Je sais.»