Les Prussiens, entendant parler, s’étaient tus.

L’Échasse repartit un quart d’heure plus tard. Et Berthine, la tête dans ses mains, attendit.

Les prisonniers recommençaient à s’agiter. Ils criaient maintenant, appelaient, battaient sans cesse de coups de crosse furieux la trappe inébranlable du caveau.

Puis ils se mirent à tirer des coups de fusil par le soupirail, espérant sans doute être entendus si quelque détachement allemand passait dans les environs.

La forestière ne remuait plus; mais tout ce bruit l’énervait, l’irritait. Une colère méchante s’éveillait en elle; elle eût voulu les assassiner, les gueux, pour les faire taire.

Puis, son impatience grandissant, elle se mit à regarder l’horloge, à compter les minutes.

Le père était parti depuis une heure et demie. Il avait atteint la ville maintenant. Elle croyait le voir. Il racontait la chose à M. Lavigne, qui pâlissait d’émotion et sonnait sa bonne pour avoir son uniforme et ses armes. Elle entendait, lui semblait-il, le tambour courant par les rues. Les têtes effarées apparaissaient aux fenêtres. Les soldats citoyens sortaient de leurs maisons, à peine vêtus, essoufflés, bouclant leurs ceinturons, et partaient, au pas gymnastique, vers la maison du commandant.

Puis la troupe, l’Échasse en tête, se mettait en marche, dans la nuit, dans la neige, vers la forêt.

Elle regardait l’horloge: «Ils peuvent être ici dans une heure.»

Une impatience nerveuse l’envahissait. Les minutes lui paraissaient interminables. Comme c’était long!