Une voix cria:
—Y a personne.
Et un autre soldat traversa l’espace libre devant le trou dangereux. Alors ce fut un jeu. De minute en minute, un homme se lançant, passait d’une troupe dans l’autre comme font les enfants en jouant aux barres, et il lançait derrière lui des éclaboussures de neige tant il agitait vivement les pieds. On avait allumé, pour se chauffer, de grands feux de bois mort, et ce profil courant du garde national apparaissait illuminé dans un rapide voyage du camp de droite au camp de gauche.
Quelqu’un cria.
—A toi, Maloison.
Maloison était un gros boulanger dont le ventre donnait à rire aux camarades.
Il hésitait. On le blagua. Alors, prenant son parti, il se mit en route, d’un petit pas gymnastique régulier et essoufflé, qui secouait sa forte bedaine.
Tout le détachement riait aux larmes. On criait pour l’encourager:
—Bravo, bravo Maloison!
Il arrivait environ aux deux tiers de son trajet quand une flamme longue, rapide et rouge, jaillit du soupirail. Une détonation retentit, et le vaste boulanger s’abattit sur le nez avec un cri épouvantable.