—Mon cher Roger, dit-elle, c’est le moment d’être galant. Voyons comment vous allez vous y prendre.
Interpellé de la sorte, je me trouvai immédiatement paralysé. Je lui baisais la main, je lui répétais: Je vous aime. Je m’enhardis deux fois à lui baiser la nuque, mais les passants me gênaient. Elle répétait toujours d’un petit air provocant et drôle: Et après... et après... Cet «et après» m’énervait et me désolait. Ce n’était pas dans un coupé, au bois de Boulogne, en plein jour, qu’on pouvait... Tu comprends.
Elle voyait bien ma gêne et s’en amusait. De temps en temps elle répétait:
—Je crains bien d’être mal tombée. Vous m’inspirez beaucoup d’inquiétudes.
Et moi aussi, je commençais à en avoir, des inquiétudes sur moi-même. Quand on m’intimide, je ne suis plus capable de rien.
Au dîner elle fut charmante. Et, pour m’enhardir, je renvoyai mon domestique qui me gênait. Oh! nous demeurions convenables, mais, tu sais comme les amoureux sont bêtes, nous buvions dans le même verre, nous mangions dans la même assiette, avec la même fourchette. Nous nous amusions à croquer des gaufrettes par les deux bouts, afin que nos lèvres se rencontrassent au milieu.
Elle me dit:
—Je voudrais un peu de champagne.
J’avais oublié cette bouteille sur le dressoir. Je la pris, j’arrachai les cordes et je pressai le bouchon pour le faire partir. Il ne sauta pas. Gabrielle se mit à sourire et murmura:
—Mauvais présage.