Il mourut...
Et depuis... depuis ce moment, je n’ai point passé une heure, non, pas une heure, sans que le souvenir atroce, cuisant, ce souvenir qui ronge, qui semble tordre l’esprit en le déchirant, ne remuât en moi comme une bête mordante enfermée au fond de mon âme.
Oh! si j’avais pu devenir fou!...
M. Poirel de la Voulte releva ses lunettes d’un mouvement qui lui était familier quand il avait achevé la lecture d’un contrat; et les trois héritiers du mort se regardèrent, sans dire un mot, pâles, immobiles.
Au bout d’une minute, le notaire reprit:
—Il faut détruire cela.
Les deux autres baissèrent la tête en signe d’assentiment. Il alluma une bougie, sépara soigneusement les pages qui contenaient la dangereuse confession des pages qui contenaient les dispositions d’argent, puis il les présenta sur la flamme et les jeta dans la cheminée.
Et ils regardèrent les feuilles blanches se consumer. Elles ne formèrent bientôt plus qu’une sorte de petits tas noirs. Et comme on apercevait encore quelques lettres qui se dessinaient en blanc, la fille, du bout de son pied, écrasa à petits coups la légère croûte de papier flambé, la mêlant aux cendres anciennes.
Puis, ils restèrent encore tous les trois quelque temps à regarder cela, comme s’ils eussent craint que le secret brûlé ne s’envolât de la cheminée.
La Confession a paru dans le Figaro du lundi 10 novembre 1884.