J’allais sur la grève, au bras d’un ami, le médecin de la station. Dix minutes plus tard, j’aperçus une bonne qui gardait trois enfants roulés dans le sable.
Une paire de petites béquilles gisait à terre et m’émut. Je m’aperçus alors que ces trois petits êtres étaient difformes, bossus et crochus, hideux.
Le docteur me dit:
—Ce sont les produits de la charmante femme que tu viens de rencontrer.
Une pitié profonde pour elle et pour eux m’entra dans l’âme. Je m’écriai:
—Oh la pauvre mère! Comment peut-elle encore rire!
Mon ami reprit:
—Ne la plains pas, mon cher. Ce sont les pauvres petits qu’il faut plaindre. Voilà les résultats des tailles restées fines jusqu’au dernier jour. Ces monstres-là sont fabriqués au corset. Elle sait bien qu’elle risque sa vie à ce jeu-là. Que lui importe, pourvu qu’elle soit belle, et aimée.
Et je me rappelai l’autre, la campagnarde, la Diable, qui les vendait, ses phénomènes.
La Mère aux monstres a paru dans le Gil-Blas du mardi 12 juin 1883, sous la signature: Maufrigneuse.