—Combien qu’i en a?
—Y en a six.
La mère Toine portait à la poule cette famille nouvelle, et la poule gloussait éperdument, hérissait ses plumes, ouvrait les ailes toutes grandes pour abriter la troupe grossissante de ses petits.
—En v’là encore un! cria Toine.
Il s’était trompé, il y en avait trois! Ce fut un triomphe! Le dernier creva son enveloppe à sept heures du soir. Tous les œufs étaient bons! Et Toine, affolé de joie, délivré, glorieux, baisa sur le dos le frêle animal, faillit l’étouffer avec ses lèvres. Il voulut le garder dans son lit, celui-là, jusqu’au lendemain, saisi par une tendresse de mère pour cet être si petiot qu’il avait donné à la vie; mais la vieille l’emporta comme les autres sans écouter les supplications de son homme.
Les assistants, ravis, s’en allèrent en devisant de l’événement, et Horslaville, resté le dernier, demanda:
—Dis donc, pé Toine, tu m’invites à fricasser l’ premier, pas vrai?
A cette idée de fricassée, le visage de Toine s’illumina, et le gros homme répondit:
—Pour sûr que je t’invite, mon gendre.
Toine a paru dans le Gil-Blas du mardi 6 janvier 1885, sous la signature: Maufrigneuse.