Le garçon apporta «le Temps». Je fus surpris. Pourquoi le Temps, journal grave, gris, doctrinaire, pondéré. Je pensai:
—C’est donc un homme sage, de mœurs sérieuses, d’habitudes régulières, un bon bourgeois, enfin.
Il posa sur son nez des lunettes d’or, se renversa et, avant de commencer à lire, il jeta de nouveau un regard circulaire. Il m’aperçut et se mit aussitôt à me considérer d’une façon insistante et gênante. J’allais même lui demander la raison de cette attention, quand il me cria de sa place:
—Nom d’une pipe, c’est bien Gontran Lardois.
Je répondis:
—Oui, monsieur, vous ne vous trompez pas.
Alors il se leva brusquement, et s’en vint, les mains tendues:
—Ah! mon vieux, comment vas-tu?
Je demeurais fort gêné, ne le reconnaissant pas du tout. Je balbutiai:
—Mais... très bien... et... vous?